lundi, mars 31

« En hommage à Lavoisier, la Chine invite la France à unir leurs forces dans la pétrochimie »

Par Li Dongzhou, journaliste au China Chemical Industry News – L’année 2024, qui vient de s’écouler, marque le 60ᵉ anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France. Alors qu’un nouveau cycle de 60 ans s’ouvre entre les deux pays, l’industrie pétrolière et chimique chinoise tend les bras à la nation qui a donné naissance à Antoine-Laurent Lavoisier, le « père de la chimie moderne ». 

La coopération sino-française dans le secteur pétrochimique puise ses racines dans l’histoire. Dans les années 1980, TotalEnergies a contribué au forage du “premier puits en mer de Chine méridionale”, inscrivant une page mémorable. Depuis, les entreprises françaises se sont progressivement implantées en Chine. Face aux bouleversements géopolitiques et au ralentissement économique mondial, cette belle histoire peut-elle se poursuivre ?

« À l’avenir, je dirais à ce pays qui a vu naître Lavoisier : la Chine reste une terre d’investissement privilégiée », affirme Pang Guanglian, secrétaire général du comité des investissements étrangers de la Fédération chinoise du pétrole et de la chimie (CPCIF), lors d’un entretien exclusif avec le China Chemical Industry News (CCIN).

« Venez, héritière de Lavoisier ! »

Examen des réalités actuelles : « Nous nous préoccupons de vos préoccupations »

Lors de la conférence annuelle du Conseil européen de l’industrie chimique (CEFIC) en novembre 2024, M. Pang a observé les hésitations de nombreuses entreprises françaises quant à leurs investissements en Chine. Leurs principales préoccupations ? L’environnement des affaires, selon plusieurs dirigeants interrogés par le CCIN.

« La Chine n’a cessé d’améliorer son climat d’investissement », rétorque M. Pang. « Les privilèges excessifs dont bénéficiaient les entreprises étrangères ont été supprimés, ce qui a pu créer un sentiment de décalage. » Zhang Xiaoyu, présidente d’Arkema Chine, souligne, quant à elle, les efforts continus du pays en matière d’ouverture économique et de soutien gouvernemental aux entreprises étrangères.

Les autorités chinoises et la CPCIF s’emploient activement à résoudre les difficultés rencontrées par les investisseurs étrangers. Air Liquide et d’autres entreprises françaises ont ainsi obtenu le soutien de la Commission nationale du développement et de la réforme pour résoudre des problématiques liées aux certificats d’énergie verte (GEC).

À Shanghai, où sont implantées plus de 1 000 entreprises françaises, des tables rondes régulières permettent d’aborder des questions pratiques telles que le recrutement d’experts étrangers. En janvier 2024, Li Yunpeng, cadre dirigeant de la CPCIF, a personnellement supervisé une réunion consultative avec des investisseurs étrangers.

« Des défis persistent, comme les transactions interprovinciales d’énergie verte ou les restrictions sur les PFAS. Nous les abordons avec pragmatisme », explique M. Pang. « ‘Agir en fonction de la réalité’ guide notre action, tandis que ‘comprendre vos priorités’ façonne notre accueil. »

Horizons de coopération : « Le plus grand romantisme français est d’aller de l’avant »

Les experts s’accordent à dire que l’innovation technologique et le développement durable offrent un potentiel majeur.« L’avant-gardisme technologique français peut s’allier à la puissance industrielle chinoise », estime M. Pang, citant l’exemple d’Axens, dont l’expertise en catalyseurs illustre cette complémentarité..

Mme Zhang d’Arkema insiste sur la nécessité de s’intégrer à l’écosystème chinois des nouvelles technologies : « Les  trois nouveaux joyaux chinois – véhicules électriques, batteries lithium et panneaux solaires – imposent une collaboration étroite pour rester compétitif. »

Sur le plan écologique, les entreprises françaises apportent leur savoir-faire en matière de production propre et d’économie circulaire. Arkema a ainsi développé un nylon 100 % recyclable à base d’huile de ricin, intégré à un modèle commercial innovant de chaussures de sport renouvelables.

« La France cultive un romantisme tourné vers l’avenir », analyse M. Pang. « Qu’il s’agisse de technologies vertes ou d’innovations, elle se
positionne en pionnière. »

Perspectives communes : « La prochaine Chine reste la Chine »

Alors que certains s’interrogent sur l’opportunité de maintenir des investissements en Chine, M. Pang cite McKinsey : « La prochaine Chine est toujours la Chine. » Il met en avant l’immensité du marché, l’amélioration continue du cadre réglementaire et une efficacité administrative exceptionnelle.

Mme Zhang souligne l’accélération spectaculaire de la transition énergétique chinoise : «L’essor des énergies renouvelables en quelques années à peine impressionne tous les observateurs. » Elle énumère les atouts du pays : stabilité politique, écosystème industriel complet, main- d’œuvre qualifiée et infrastructures chimiques de haut niveau.

TotalEnergies prévoit de poursuivre ses investissements, notamment dans les carburants d’aviation durables. Les récentes collaborations entre Sinopec et TotalEnergies, ou encore Wanhua Chemical et Air Liquide, illustrent cette dynamique.

Le rapport 2023 sur l’environnement commercial des entreprises françaises en Chine révèle que 56,8 % des sociétés interrogées restent optimistes quant aux perspectives du marché chinois.

Des groupes comme Veolia, présents depuis 30 ans, témoignent de cette confiance durable. Leur projet phare de parc humide avec Yanhua Petrochemical, primé par l’ONU, symbolise les réussites possibles. Jorge Mora, conseiller spécial de Veolia et pionnier de son implantation chinoise, résume cet attachement : « Renoncer à la Chine reviendrait pour moi à un exil sur la Lune.»

[Contexte]
Avec 1,4 milliard d’habitants et un PIB de 134 910 milliards de yuans (17 180 milliards d’euros) en 2024, la Chine demeure un pôle économique majeur. Son industrie pétrochimique, générant 1 600 milliards d’euros de chiffre d’affaires, attire des géants comme BASF et Shell. En 2024, le pays a enregistré 105,42 milliards d’euros d’investissements étrangers directs, avec plus de 59 000 nouvelles entreprises créées.

 

Image :de Une : Projet de traitement des eaux usées développé conjointement par Veolia et Yanshan Petrochemical. (Photo : Li Dongzhou)

 

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